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Le 25 juin 2008
..Le Récit
Chers Partenaires de l'extrême, Chers enfants,
Bonjour à tous.

Duel brûlant : La Vallée de la Mort & NoLimit-Team
- BADWATER 2008 -

31ème édition

Paris Charles de Gaule

Nous voici une nouvelle fois à l'aéroport pour le départ d'une nouvelle aventure, un nouvel extrême, un morceau de vie qui, nous le souhaitons de toute nos forces, va continuer de nous construire.

Direction Las Vegas via Philadelphie. Programme : 13 heures de vol et 9 heures de décalage horaire. Cette fois la Famille nous accompagne, Tatoune s'occupera de la logistique et Alexandre et Grégoire nos deux fils aînées ainsi que Laurence font partie des équipes d'assistance. Cette course est pour nous une nouveauté car nous courrons avec une équipe d'assistance (obligatoire) " The Crew " et nos proches pourront vivre " enfin " la course avec nous, en direct.

Le vol est sans histoire, et comme à chaque fois nous avons beaucoup de mal à trouver le sommeil.
L'arrivée à Las Vegas est conforme à nos rêves, des lumières à perte de vue, des lasers, du gigantisme, des avions toutes les minutes, de la démesure, une impression de Disney Land ( une ville sans saveur mais une ville impressionnante) et LA CHALEUR omniprésente ! C'est la première grosse sensation dés notre sortie de l'aéroport : la rambarde de sécurité à l'extérieur est "brûlante " au toucher et jean mi fait remarquer à Philippe " là il est 22heures, tu verras demain midi ! "

Le décalage horaire est un peu difficile, mais nous sommes tellement enthousiastes, et heureux d'être tous là pour ce nouveau défi, que nous oublierons vite ce désagrément.

Tout d'abord s'occuper des voitures et de l'hôtel puis ce sera les courses chez Wall Mart où nous aurons droit à toute une série de photos parce paraît-il, selon nos épouses, " Philippe et Hervé qui pousse le caddie ça vaut le détour ! "Achat des glacières ( par sécurité car l'organisation logiquement fournit le nécessaire), de nombreux packs d'eau, des repas pour " The Crew ", les sièges pliants et enfin les courses pour le repas du soir à l'hôtel ………. à 12 dans la chambre pour le premier briefing.

Nous allumons la TV sur la chaîne Météo 24h/24h pour avoir les Températures du moment. Nous sommes attentifs car deux surprises nous attendent ! La première c'est l'annonce d'une vague de chaleur sur Las Vegas avec recommandation de rester au maximum sous climatisation à l'intérieur. La deuxième beaucoup plus surprenante, c'est l'annonce de LA PLUIE sur la Death Valley ! La pluie, c'est bien la dernière chose à laquelle nous pouvions nous attendre, mais ça nous plait pour le côté original, et puis l'annonce stipulait en même temps 50°52°C, alors tout va pour le mieux. Par la suite nous apprendrons que la pluie dans la vallée de la mort, (lorsqu'il ne s'agit pas d'orages violents) n'arrive jamais au sol, elle s'évapore avant !

Les deux premières nuits à l'Hôtel sont agitées. La chaleur, la climatisation permanente dans les chambres, le décalage horaire, l'appréhension, le tout à la fois ? En tout cas le sommeil n'est pas réparateur. Mal de dos, crampes dans les orteils, maux de tête, toute la panoplie du stress d'avant course….comme à chaque fois.

Le lendemain matin nous décidons d'aller courir une petite ½ heure, histoire de se rassurer. Nous enfilons notre tenue de course, et sortons dans l'air chaud et étouffant de Las Vegas, Dimitri veut nous accompagner…. pour voir !

En moins d'1/4 heure l'eau que nous venions de sortir du frigo devient tiède. Les pieds chauffent rapidement mais dans l'ensemble nous ne sommes pas trop mal et notre équipement est top. Une fois encore nos partenaires OASICS et ODLO nous auront fourni le matériel adéquat.
Passer ½ heure Dimitri a un coup de chaud et nous décidons de retourner à l'hôtel ( non sans avoir escalader une palissade, car il faut bien l'avouer nous ne maîtrisons pas encore les raccourcis de Las Vegas !).
Pour l'anecdote Philippe s'était fêlé un doigt de pied la veille en tapant dans une valise à l'hôtel. L'Orteil avait doublé de volume, et la couleur bleue foncé ne laissait rien présager de bon, mais le test a été concluant, pas trop de douleur, et presque aucune gêne, la ligne de départ est dans 2 jours , cela ne devrait pas être trop pénalisant pour la course.

L'après midi est destiné à la préparation de l’ aménagement des véhicules pour la course, véhicules que nous venons de changer car les premiers modèles choisis étaient visiblement trop étroits.

En soirée, deux objectifs, établir notre tableau de marche et dernier briefing avec l'équipe.
Le tableau de course sera établi avec comme double repère les horaires limites - de 60heures pour être " Finishers " et - de 48 heures pour être " Finishers classés " avec l'obtention de cette fameuse " Boucle de ceinture " seul et simple trophée, mais tant convoité.
Bien évidemment dans nos esprit en ébullition, toujours plein d’extrême, nous ne visons que la base – de 48 heures et nous tablons sur 42heures de course effective, 2 x2heures de sommeil si besoin et 12 x 10mn de pauses pour se refroidir, manger, et les soins. Soit pour les 217km une moyenne à tenir de 5.17km/h par 50° …….. extra !!!!

Pour le nouveau briefing avec l'équipe il s'agit de définir la stratégie de course, les cadences de ravitaillement, la répartition dans les véhicules, et le rôle de chacun.

Samedi 12 Juillet 2008, nous quittons Las Vegas, direction Furnace Creek à quelques heures de route. Départ pour une partie de l'équipe seulement, car Hervé reste pour attendre Laurence les enfants et Patrick « notre faiseur d'images » qui arrivent par le prochain vol.
( du moins c’est ce que nous pensions car Laurence et les enfants ont été retardé par la Douane Américaine et ils ratèrent leur correspondance de Philadelphie ! Résultat, une arrivée beaucoup plus tardive à Las Vegas et beaucoup d’inquiétude pour Hervé, mais tout finira par rentrer dans l’ordre.)

En cours de route, nous nous arrêtons pour quelques photos souvenirs, tout particulièrement au niveau de la pancarte " Vous entrez dans la Death Valley " .Une vue magnifique nous accueille sur ce qui sera dans 2 jours notre nouveau terrain de jeu ! la température est de 50°C et nous commençons à vraiment ressentir ce que sera cet enfer !

Nous arrivons à Furnace Creek en fin d’après midi et sommes surpris de constater qu’il s’agit en fait d’un minuscule village. Direction l’Hôtel et un peu de détente dans la piscine où l’eau doit être à 35° !
Pour l’Hôtel Philippe décide de ne pas mettre la climatisation afin de s’adapter le plus possible à la chaleur. Grossière erreur car la chambre devient vite un véritable sauna où la température avoisinera en continue 35/40° empêchant tout le monde de dormir correctement, heureusement Jean Michel et Tatoune persuaderont Philippe de ne pas renouveler l’expérience pour la dernière nuit

Dimanche matin, nous sommes à la veille de la course, Hervé est de plus en plus tendu.
Au petit déjeuner nous rencontrons Philippe et Marianne , compagnons de notre précédente virée à la Trans 333 Egypte. Ils ont l’air en forme, et nous communiquent de nouveau quelques conseils, leur expérience nous est précieuse, en 2007 ils étaient tous les deux Finishers !
Cette journée est normalement destinée au repos, mais nous sommes tout de même inquiets et stressés, c’est un gros défi qui nous attend, et nous n’arrivons pas vraiment à nous reposer.

L’après midi est consacré au Briefing de course par Chris Kostman l’organisateur de Adventure corps, et au retrait des dossards. Heureusement nous avons avec nous dans The Crew, SuperMarie Claude qui nous traduit tout ce qui est important. Concrètement le maître mot de Chris c’est « Sécurité » et attention, la chaleur ne pardonne pas !

Nous rencontrons Serge GIRARD qui lui aussi vient se frotter à la Badwater, un défi de plus pour cet extraterrestre de l’ultra. Cette rencontre est pour nous un vrai plaisir.

L’équipe, décide de préparer les véhicules et d’y accoler les autocollants : nos N° de course, nos partenaires et le Caution Runner obligatoire.

Logiquement nous sommes prêts. Il ne nous reste plus qu’à prendre notre dernier repas commun avec l’équipe et les enfants, passer une bonne nuit ( avec la climatisation) et debout à 6h demain matin.

Dimitri et jean Mi se frottent la tête pour trouver le meilleur rangement possible dans les voitures ? Pendant la course il faudra être opérationnel et rapide, et durant peut être 60 heures !
Dimitri a trouvé sa phrase type pour ce défi «  Je m’en occupe ». Jean Mi fidèle à sonhabitude n’est pas bavard, mais n’en est pas moins efficace, tout s’orchestre à merveille, quel suivi technique et logistique, cette équipe nous impressionne.

 

Le lendemain matin Dimitri sera d’ailleurs précis car à 6heures tapante, il frappe à nos portes «  Les gars il est l’heure, je prend les dernières affaires, n’oubliez pas de commencer à boire, mangezça tout de suite, et rendez vous dans 10mn en bas aux voitures, tout le monde est prêts » vraiment ils nous impressionnent et nous rassurent !

En effet tout le monde est là et s’active autour des véhicules. Nous sommes habillés pour la course et partons pour le départ. Notre heure de rendez vous est fixée à 7h30 pour un départ à 8h00 pour notre série, c’est Tatoune qui nous emmène.
En fait Chris Kostman, a opter pour 3 vagues de départ :
6h00 partent les coureurs qui n’ont pas d’autres objectifs que de terminer la course (moins de 60 heures)
8h00 ceux qui souhaitent passer sous la barre des 48heures ( c’est notre cas)
10h00 enfin, lorsque le soleil tape déjà fort, partent les « experts » qui visent la gagne ou tout du moins un bon chrono.
En route nous croisons les coureurs qui sont partis à 6 heures, nous reconnaissons Marianne et Philippe qui ont l’air de déjà souffrir, et pourtant la température n’est encore que de 42°C !

Arrivée au fameux Badwater Bassin, nous faisons rapidement les photos avec toute l’équipe Tatoune et les enfants . Nous voulons vraiment immortaliser ce moment car nous partons pour la course réputée être la plus dure au monde.
Ce fameux lac salé qui nous fait rêver depuis plusieurs mois, est là devant nous. Il est encore plus beau que dans nos rêves, nous le foulons, c’est Grandiose !

Puis c’est la pesée de tous les compétiteurs ( les chaussures d’Hervé font fureur ) certains coureurs se pèseront plusieurs fois durant la course afin de vérifier qu’ils ne sont pas en déshydratation, ( un oubli dans notre propre préparation.)

Chris, appelle tous les coureurs pour les dernières recommandations et pour l’hymne national Américain.
Tout le monde est très concentré, dans quelques minutes, dans quelques secondes nous partirons pour 217 km dans la fournaise de la Death Valley !

Encore 5 secondes, Chris Kostman commence le décompte et tous les coureurs en font autant
5…. 4 …. 3 …. 2 …. 1 …. 0
C’est parti pour le défi et l’affrontement avec cette fameuse Death Valley.

Merci à Dimitri pour la suite de ce récit car, sans son enthousiasme, sa forme olympique ( il n’aura dormi que 28mn durant les 46h du périple) et toutes les notes accumulées durant la course, le récit n’aurait pas été si complet.

Merci encore à toi.

Lundi 14 juillet 2008. 8 h 00 du matin

H 0 Départ de la Badwater

Nous y sommes !

H + 0h : Hervé et Philippe prennent un départ rapide jusqu'à Furnace Creek (plus de 8 km/h). La chaleur monte rapidement, les assistants doivent arroser en permanence les coureurs pour réguler leur température. La glace est indispensable. Ce refroidissement durera jusqu'à la nuit.

H + 4h : Premier repas (Hachis Bolino ! il y en aura beaucoup d’autres encore et à chaque fois nous aurons l’impression de leur servir un festin.) pris en courant.

H + 6h15 : Philippe a mal à la tête, il prend un Nurofen sans s’arrêter.

Le terrain du début de course est peu accidenté mais la chaleur promise de la Badwater est bien présente ( 53 °C dans l'air sans aucune humidité). La température atteint plus de 70 °C au sol.

H + 6h25 : 1ère pause de 10mn. Prise de bicarbonate de sodium toutes les 2 h 30 pour éviter les crampes.

H + 7h25 : 2ème pause de 15 mn après 33 miles de course. Tout va bien. La première des 3 ascensions, vers TOWNES PASS, approche. Marie Claude est en super forme, elle est partout, attentive à toutes les demandes, elle connaît le coffre de la voiture par cœur et trouve toujours ce qu’on lui demande dans un délai record !

H + 11h : Après 45 miles sous la chaleur, il est 19h. Hervé et Philippe débutent la 1ère ascension. Alexandre et Grégoire se relais pour l’arrosage et Jean Mi et Laurence sont à la conduite des voitures.
La première partie de la montée réduit l'allure. Les organismes sont fatigués de cette journée et des 70 km déjà parcourus sous le soleil de la vallée de la mort.

H + 12h : Après 1 h d'ascension, il est temps de prendre le 3ème repas (toutes les 4 H) : ½ Bolino sans s'arrêter, sodium et vitamine C. L'ascension continue ……..

H + 13h : les 50 Miles de course sont atteints.

H+ 14h : Philippe reprend un Nurofen pour son mal de tête. L'allure qui était modérée sur la première partie del'ascension, commence à s'accélérer.

Hervé et Philippe semblent avoir trouvé un bon rythme.
L'ascension continue,
il va bientôt faire nuit.

Un communiqué de Chris Kostman vient troubler cette course qui jusqu'alors se déroulait à merveille : " Le Mont Whitney ne fait plus partie de la course ! "Des orages se sont abattus violemment sur Lone Pine. et ont complètement couper la route ! Jean Michel prend toutes les précautions pour annoncer à Philippe et Hervé cette information, et il lui faut du talent pour que nos deux coureurs relativisent ce changement majeur.
En fait Philippe est en colère " intérieurement " et Hervé qui le montre encore moins, l’est aussi. Ils sont venus pour faire LA BADWATER, LA course la plus dure au monde et , sans le mont Whitney, ils considèrent que ce n'est plus la Badwater !

H + 15h : Le sommet est à 3 Miles. Il sera synonyme de pause repas et de l’essai d'un bref sommeil.

H + 16h10 : Après 5 h 10 d'ascension Hervé et Philippe arrivent à TOWNES PASS. Les voitures se garent sur un dégagement et nous installons notre matériel pour le repas (chaises, glacières, couverture de survie, bouilloire ….).

Hervé et Philippe décident ( comme ils l’avaient programmé) de courir sur toute la descente qui les mènera à PANAMINT SPRINGS. Il est 0 h 40, il fait nuit noire dans le désert, les coureurs repartent après 40mn d'arrêt repas et sans avoir dormi.
Ils se lancent dans les 22 km et 1000 mètres de dénivelé de la descente.

Hervé et Philippe courent à un rythme soutenu jusqu'à la vallée. Ce rythme leur permet de prendre de l'avance sur leur chrono le plus optimiste : le plan de course qui leur permettrait de terminer la course en moins de 48 H. Deux lampes frontales sont en permanence présentes dans nos rétroviseurs …et la nuit avance.
Bonne nouvelle et nouveau communiqué : Le Mont Whitney fait de nouveau parti de la course, la route a été dégagée ! Sourires sur les visages fatiguées de Philippe et Hervé, ils sont vraiment extrêmes ces deux là !
Nous voyons au loin, devant nous, les feux arrières des voitures des coureurs qui ont pris le départ à 6 H. Dans la nuit noire, cette " chaîne " de lumière montante nous indique le relief accidenté du second col qui nous mènera au check point de DARWIN.

H + 19h30 : La vallée de PANAMINT SPRINGS est atteinte. Une longue, très longue vallée en ligne droite et faux plat. En pleine nuit, nous ne devinons pas que nous traversons un lac salé. Nous le découvrirons le jour levé depuis les premières hauteurs de la deuxième ascension.
Il est temps de faire une première pause sommeil : 20mn, pas plus, Hervé et Philippe sont installés sur leurs chaises de camping. Ils dorment. Nous les réveillons, ils ne savent pas s'il s'est passé 5 mn ou bien 2 heures…peu importe : ils repartent vers l'ascension.

H + 19h50 : Hervé à la nausée, il se sent vidé. Nous lui donnons une citrate. La longue ascension débute. Après 20 H de course, les organismes semblent épuisés. Laurence se met alors en action et masse nos deux coureurs qui commencent à avoir les cuisses dures !

H + 20h55 : Arrêt. Hervé se sent mal. Nous l'asseyons, il n'en peut plus. Nous devons le coucher dans la voiture, jambes relevées. Il est 5 H du matin, son état nous inquiète, il nous semble impossible qu'il reparte. Philippe tente de trouver le sommeil sur sa chaise pendant cet arrêt forcé.

Le soleil se lève, nous sommes encore très loin de Darwin, seulement au 1/3 de l'ascension. Hervé revient à lui mais ne peut plus rien manger. La situation parait compliquée… et Laurence commence à s’inquiéter, elle connaît bien son mari, et ce malaise lui semble trop long !

H + 22h10 : Après 1h15 d'arrêt, Hervé décide de repartir, d'avancer même s'il ne sait pas où il pourra trouver les ressources pour aller jusqu'au bout. Nous le levons, Philippe qui a dormi quelques instants le rejoint, c'est reparti. Le jour se lève.
Nous sommes soulagés mais inquiets, ils ne sont pas encore à la mi-course. L'ascension est très difficile, le rythme est de 4 km/h.

H + 24h : Une journée de parcourue, une nouvelle journée commence. Hervé ne se sent toujours pas bien. Nous faisons une pause de 10mn.

H + 25h : Nous devons nous arrêter de nouveau. Philippe est bien mais Hervé n'arrive pas à récupérer, il ne peut rien manger et doit de nouveau s'allonger pendant 1 H dans la voiture. Il n'a plus de force, il n'arrive pas à dormir. Sa santé nous inquiète.
Nous décidons d'envoyer l'une de nos voitures au prochain check point, à DARWIN, pour une assistance médicale.
Avant l'arrivée du médecin, Hervé décide de repartir, de ne pas perdre de temps. Le bon rythme du début de cours laisse une avance confortable mais elle se réduit rapidement au fil des arrêts.
Le médecin arrive à la rencontre d'Hervé. Après quelques tests, nous savons qu'il n'y a rien d'inquiétant, il est simplement vidé, ruiné, fatigué, éreinté ! Nous quittons le médecin confiants et décidons tous d’appliquer la maxime bien connue des ultrafondeurs «  ça repart toujours ».

H + 26h : 83 miles de parcourus. 7 miles nous séparent de DARWIN qui parait inatteignable.
Il est 10 h du matin, le soleil nous frappe de nouveau.
Un seul objectif dans nos têtes et dans nos paroles avec Hervé et Philippe : DARWIN, après nous verrons …

H + 28h30 : Hervé et Philippe font une pause. Ils se sont engagés pour l'extrême, ils ne paraissent pas déçus.

H + 29h30 : Perdue au bord de la route désertique, une tente apparaît au loin, c'est le check point de DARWIN !
Nous y sommes enfin. Malheureusement, malgré nos soins, les conditions extrêmes de cette course, la distance déjà parcourue ont épuisé les organismes de nos coureurs.
Comment encore avancer ?
Philippe a les cuisses de plus en plus dures. Laurence se remet à l’ouvrage et massent de nouveau les jambes de Hervé et Philippe.
70 km nous séparent du pied du Mont Whitney, 70 km avant la dernière, et plus difficile ascension de 17 km.

H +30 h : Passé DARWIN, nous descendons vers Keeler, perdu dans le désert, seul point avant Lone Pine au pied du Mont Whitney. Des lignes droites à perte de vue, 10, 15, 25 km peut être, nous attendent.
Il fait chaud. La route parait monotone au milieu de paysages magnifiques.
Les lignes droites et le temps extrêmement clair écrasent les distances, chaque point à l'horizon nous parait à la fois proche mais intouchable.
Nos deux voitures d'assistance se relaient et stoppent tous les ½ miles afin de toujours rester en objectif. La course se joue désormais surtout au moral.
Nous avançons lentement dans le désert. Les heures passent et le chrono bien maîtrisé en début de course commence à devenir inquiétant pour la réalisation de l'objectif des -48 H.

Il faut retrouver une cadence.

Nous stoppons la course toutes les heures pour un repos éclair de 5 à 10 mn. C'est très bref, mais Hervé et Philippe apprécient ce court répit et savent que quelques instants de repos les attendent toutes les heures. Nous ne cessons de les arroser dès qu'ils repartent.

Récupérer … après 150 km de course par 50°C : une folie.

H + 35 h : Notre objectif est d'avancer, de ne pas perdre de temps. Il faut qu'Hervé et Philippe récupèrent au maximum avant le Mont Whitney, Alex et Grég sont là pour les encourager.

Nous arrivons enfin à Keller, la nuit tombe.
Les choses sont claires pour toute l'équipe et surtout pour Hervé et Philippe ; il faut être au sommet du Mont Whitney avant 8 h demain matin pour atteindre l'objectif de - 48 H. Dimitri prends la calculatrice et réalise un pointage toutes les 30 minutes.


Il faut avancer, vite, mais aussi récupérer avant l'ascension : un vrai dilemme

Jean Mi, Laurence, Marie Claude, Dimitri, Alexandre et Grégoire, tous, à tour de rôle prenons les relais devant les coureurs pour faire le train .
La cadence est bonne mais nous avons perdu beaucoup de temps pour rejoindre DARWIN. Les 6 heures prévues par Hervé et Philippe pour les pauses et le sommeil se sont évaporées.

H + 41 h : Nous sommes proches de LONE PINE. Les pentes du Mont Whitney ne sont plus très loin. Il fait nuit, elles resteront cachées un moment, c'est peut être mieux ainsi pour le moral.
Hervé et Philippe avaient planifié une ascension en 7 heures maxi, nous savons maintenant qu'ils disposeront de bien moins. Hervé à bien récupéré, le moral est là, il est prêt à en découdre avec le Mont Whitney.
Derrière, Philippe commence à mal marcher. Il chancelle de fatigue.
Notre chrono tourne impitoyablement, nous serons au pied de l'ascension vers 2 h du matin.

H + 42h10 : Nous y sommes, il est précisément 2h10 du matin et la route s'élève de nouveau mais cette fois vers l'arrivée. Il reste 17 km.
Hervé va bien, Philippe est éreinté, cassé et fatigué. Si prêt du but, l'objectif est encore réalisable mais l'ascension s'annonce très difficile.
Notre chrono est en marche, Hervé et Philippe ont programmé leurs GPS. Il reste 12 miles sur les 135 miles que compte l'épreuve, certainement les 12 plus difficiles.
Il fait nuit, deux points lumineux nous indiquent la progression des coureurs.

H + 43 h : 3 h du matin, 125 miles de parcourus. Hervé et Philippe avancent vite malgré la fatigue, ils puisent dans leurs réserves les plus profondes. Il reste 5 heures pour atteindre le sommet, une moyenne minimum de 2 miles/heure est impérative.
Jean Michel appelle Tatoune au téléphone : " Ils sont dans la pente du Mont Whitney, Philippe est vidé mais ça tient " ………..……… " J'arrive "
Catherine restant avec les enfants à l’hôtel.

Hervé est Philippe avancent bien plus vite que cela, le chrono et la cadence sont de nouveau maîtrisés. Ils seront au sommet bien avant 8 h s'ils ne rencontrent aucun souci. Jean Michel qui depuis le début de la course n’a pas dormi une seule minute, encourage Philippe en restant à ses côtés pendant que marie Claude s’occupe des voitures.

H + 44 h : La route s'élève. Nous voyons au loin dans le désert les feux des véhicules des coureurs qui n'ont pas encore atteint Lone Pine. Tatoune arrive et va pendant plus de 2 heures encourager nos deux coureurs, elle leur parle, les accompagne, les soutien du regard, Philippe va ainsi grimper et grimper encore, tenant la main de Tatoune, et puisant dans des réserves que nous pensions pourtant épuisées !

H + 45 h : 5 h du matin, le jour se lève. Nous découvrons le panorama magnifique du Mont Whitney et apercevons la route lointaine, tout en bas, qui nous y a menés. Il fait frais (enfin) sur ces pentes.

Allez, Encore un peu de niak ! Heureusement l’équipe est là, bien présente, et nous emmène

Il reste maintenant moins de 4 miles. Herve nous confie d'un ton assuré " Nous y serons à 7heures ". Hervé est incroyable, lui qui avait toutes les peines à mettre un pied devant l'autre 20 heures plus tôt, est maintenant, depuis plusieurs miles, un véritable métronome.
Il connaît son compère de course par cœur et l'encourage quand il le sent faiblir, le ralenti quand il s'emporte, lui porte une main sur l'épaule pour lui dire " t'inquiètes pas, on sera toujours tous les deux ".
Ces deux là font vraiment la paire !

Les enfants d'Hervé et Philippe avec Catherine ( The Crew de secours) nous rejoignent pour les derniers kilomètres qui les séparent de la ligne d'arrivée.

La Badwater touche à sa fin, le contrat sera de nouveau rempli.
Déjà la joie s'installe sur les visages d'Hervé et Philippe et dans toute l'équipe.

Les virages se succèdent, ils masquent cette fameuse ligne que nous attendons tous. Il faut grimper, toujours grimper. Nous la voyons enfin quelques centaines de mètres.
La pointe du Mont Whitney est juste au dessus de nos têtes, elle se perd dans les nuages.

H + 46h58 - Finishers -

Tous, mains dans la main, the Crew, Hervé et Philippe franchissons dans un bonheur immense
la ligne d'arrivée de la course certainement la plus difficile au monde.

Cette course, cette arrivée, ce nouveau morceau de vie, tout cela n’aurait pas été possible sans « The Crew ».
Cette victoire c’est aussi leur victoire. Ils ont soufferts, mais ont tenus jusqu’au bout, en nous motivant, nous encourageant, quelques fois en nous bousculant.
Cette course nous montre bien que nous sommes bien plus forts « ensemble ».

Ce fût pour nous un immense bonheur de courir avec cette équipe géniale et généreuse, et nous espérons de tout notre cœur que pour eux ce fût intense, alors Jean Mi, Marie Claude, Alex, Laurence, Dimitri, Grég et toi Patrick.

un énorme merci.

Une chose est certaine, l’étincelle ils l’ont !

D'ici le prochain défi …… gardez tous l'étincelle…..  

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